Des Love-Hotels
Le quartier d'Uguisudani est connu pour sa concentration de love-hotels,
ces hôtels dans lesquels on loue la chambre pour trois heures.
Ils sont agglutinés dans deux ruelles dans lesquelles il n'y a que ça.
Ainsi, en sortant du supermarché, on ne risque pas de suprendre
son voisin en train d'entrer dans le love-hotel d'en face.
Ces petits quartiers se trouvent souvent à courte distance des gares, et se repèrent
par les fenêtres systématiquement condamnées de jour et les
néons à profusion de nuit (quoique ce critère décrive
un peu n'importe quoi d'animé au Japon).
Dans chaque love-hotel on trouve un guichet derrière lequel se trouve
une dame cachée qui ne peut voir le client, discrétion oblige. On choisit
sa chambre sur la base des photos sur un panneau lumineux. Les chambres illuminées
sont libres. Sur les illustrations ci-contre, ce sont les salles de bain
qui sont montrées car ce love-hotel est spécialisé dans les onsen, les
bains chauds japonais. Chaque chambre a sa baignoire en pierre. D'autres hôtels
se spéalisent dans les décors de cinéma, le karaoke, les donjons
sado-maso... Il n'y a qu'à aller voir le panneau des chambres pour s'en rendre compte.
Le love-hotel, une invention japonaise de plus pour inciter les gens à
des loisirs coûteux, comme le karaoke ou le
pachinko? Une incitation à la
débauche? Le témoin d'une culture libertine? Peut-être un peu de tout ça,
mais les love-hotels
sont surtout les témoins d'une longue tradition. Les murs des maisons japonaises
étant traditionellement faits de papier, et les familles nombreuses, ils
répondent depuis au moins 400 ans à un besoin.
Aujourd'hui les clients de love-hotels sont des couples de jeunes qui vivent encore
chez leurs parents - ils quittent le foyer familial de plus en plus tard - ou alors
des couples mariés avec enfants, qui souhaitent un peu de discrétion. Ou encore
n'importe quel couple à la recherche d'un décor plus inspirant que le trop
petit appartement tokyoïte, et évidemment les touristes curieux.
Bien sûr, il y a aussi les couples "occasionels", et enfin les quartiers
de love-hotels sont aussi les zones de prostitution.
Ainsi chaque love-hotel a son thème. Celui-ci s'est donc spécialisé
dans les onsen. La salle de bain est en conséquence toute faite de pierres.
On y trouve une baignoire qui se remplit par une cascade. Cela
imite les vrais onsen naturels, mais l'eau vient du robinet.
Le lit est quelconque, même un peu sordide dans son décor
"seventies" et sa pièce sans fenêtre.
Une télévision montre les chaînes normales nippones, plus quelques canaux
plus chauds, mais où les détails sont systématiquement floutés.
Dans un coin on trouve aussi un distributeur d'accessoires. Le menu (ci-contre) est fourni à
part. On remarquera les menottes en bonne place.
Le plus drôle est certainement ce "Family-setto" en haut à droite. Attendent-ils
une clientèle familiale? Doit-on appeler les services sociaux?
Il s'agit probablement là d'un des nombreux détournements de la langue
anglaise. Un Japonais moyen ne sait probablement pas ce que signifie "Family"
(Kazoku en japonais), mais sait qu'un family-set c'est un multipack.
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