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Impressions du Japon     16 avril 2002 au
16 novembre 2003
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Lundi 8 septembre 2003

Tōdai, l'Université Numéro 1 au Japon, par Céline

Tōdai, contraction de "Tōkyō" et "Daigaku" (littéralement "école pour grand" ou "grande école"), ce n'est pas rien au Japon!

Dire qu'on est étudiant à Tōdai ou qu'on travaille comme scientifique à Tōdai suscite chez les Japonais la plus grande admiration. Les régies immobilières vous louent plus volontiers un appartement et les douaniers de l'aéroport osent à peine vous demander le passeport. Les Japonais sont fiers de ce qu'ils considèrent comme l'université numéro un du pays, celle qui fut dans le temps l'Université Impériale.

Lorsqu'on entre sur le campus en passant par des portails énormes surveillés par des gardes, on se dit que réellément on doit pénétrer dans un lieu réservé à une élite! Mais s'il est vrai que l'examen d'entrée est le plus difficile de tous les examens d'entrée des universités japonaises, pour le reste il y a franchement de quoi se poser des questions. Les membres de l'université de Kyōto ne manqueront pas de vous rappeler qu'ils ont plus de prix Nobel que Tōdai ("A Tōdai on fait des premiers ministres, à Kyōto les Prix Nobels").

En effet les laboratoires de chimie par exemple sont tellement sales, que lorsqu'une expérience a réussi il vaut mieux ne pas essayer de la refaire une deuxième fois, à en croire les Européens. Il est tout simplement impossible d'avoir deux fois les mêmes conditions initiales (les béchers n'auront pas le même degré de propreté ou saleté, c'est selon, la chapelle n'aura pas deux fois la même puissance d'aspiration, les produits n'auront pas sédimente de la même manière).

Quant aux présentations des travaux de recherche qu'il faut faire lors des séances de groupes, il n'y est pas interdit de simplement lire son texte, assis à sa place, sans montrer le moindre transparent ou regarder au moins une fois les gens à qui l'on s'adresse. Dans le genre mauvaise presentation et ennui maximum, on ne fait guère mieux que dans l'université numéro 1.

On est aussi surpris de voir comme les étudiants et le matériel sont entassés dans les bureaux. Petite comparaison en images: à gauche mon bureau, partagé par dix personnes dont le professeur-assistant et la secrétaire, et comprenant une table de séance). A droite le bureau de Patrick au KEK - réputé un laboratoire riche et international - d'à peu près la même surface pour quatre personnes.

A Tōdai, les étudiants n'apprennent pas vraiment à réfléchir par eux-mêmes. Un étudiant fera toujours que ce que le professeur lui dit de faire, sans le moindre esprit d'initiative. Si bien que lorsqu'on demande à un étudiant ce qu'il fait et pourquoi, il est un peu perdu. On mentionnera aussi au passage que lorsqu'un étudiant n'apparaît pas à l'université un jour, le professeur a le devoir de téléphoner aux parents de l'étudiant (majeur et vacciné!) pour savoir ce qui se passe. C'est que si on a la chance d'être à Tōdai, on n'a pas le droit de ne pas travailler dur. Pas une phrase prononcée par un professeur ne se termine sans un "Travaille dur!", "Fais de ton mieux!". Les étudiants qui sont à Tōdai doivent s'estimer heureux d'être dans cette prétendue meilleure université du pays, heureux d'avoir été doté d'un savoir intellectuel plus élevé que la moyenne et c'est donc leur devoir de servir la société en utilisant à bon escient leurs capacités intellectuelles. Cette phrase prononcée par le professeur dont depend le laboratoire dans lequel je travaille en dit long: "La récompense d'un travail bien fait est le prochain travail." Sauf que lorsqu'on voit les méthodes de travail (l'obligation de refaire 20 fois la même expérience juste pour montrer qu'on sait la faire en tenant l'éprouvette comme le professeur veut et qu'on travaille beaucoup, donc dur), le temps passé à dormir sur le bureau, la quantité de travail inutile qui est fait juste parce qu'on fonce dans le travail plutôt que de se prendre le temps de réflechir, les horaires imposés par certains professeurs qui semblent préférer la quantité à la qualité, on a parfois franchement des doutes sur le niveau "hors du commun" de cette université. Certes il y a des bons étudiants à Tōdai, mais pas plus qu'ailleurs, et certainement pas de quoi en faire des gens hors du commun.

Ceci dit, à Tōdai on est aussi fier de montrer qu'on ne dépense pas inutilement de l'argent et qu'on encourage le don de soi à la societe. Ainsi le ménage des labos et autres bureaux p.ex. est assuré par les étudiants. C'est certes un bel exemple de modestie face au luxe des EPF suisses. Même si je regrette souvent les excellentes conditions de travail dont nous bénéficions en Suisse par rapport au petit bureau-cage-à-lapin que nous avons à Tōdai, cette experience à Tōdai permet de se rendre compte de la chance que nous avons en Suisse. Et puis, comme me disait récemment un collègue français également en stage à Tōdai: A voir l'impression qu'on fait sur les Japonais en disant qu'on travaille à Tōdai, on aura au moins une fois dans notre vie eu l'impression d'être quelqu'un de vraiment bien!

Tōkyō-Dome

Les paris sur les courses de chevaux ont la cote au Japon. En rentrant de l'Ambassade ce lundi, j'ai passé devant l'endroit où l'on dépose ses paris. Cela se fait automatiquement dans des automates ressemblant à des distributeurs de billets de train. Le tout est dans une grande halle rappelant la bourse de New-York par le nombre d'écrans où défilent des chiffres incompréhensibles aux non-initiés.

Dans et devant la salle se trouvent une bonne centaine de parieurs. Tous des hommes, sans exception.

Chronologie: La suite dans le ciel

Photos © Patrick Koppenburg et Céline Weber (sauf mention), textes © Patrick Koppenburg (sauf mention).
Dernière mise à jour: 09:27 2004-01-02 - Patrick Koppenburg
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