Les animaux au Japon
Les Japonais sont très attachés à la nature.
Un attachement quasiment religieux, car grandement lié aux croyances
du Shintoïsme qui voit des esprits partout.
En plus il y a, comme en Europe, un effet "kawaii" (mignon!) avec les petits animaux.
On pourrait donc s'attendre à une certaine sensibilité
à la protection des animaux.
Pourtant, les Japonais semblent peu sensibles à cette projection
très occidentale de compassion, qui nous fait ressentir les souffrances
de l'animal. Ici l'animal sauvage est une partie indissociable de la nature,
l'animal d'agrément un jouet et l'animal d'élevage un
objet d'inventaire.
Dans la catégorie "partie de la nature",
il faut évidemment citer les jardins japonais qui cherchent
à la recréer en miniature, sous toutes ses facettes.
Aucun jardin ne serait complet sans son étang rempli de koï,
les carpes japonaises. Il y a même des concours de beauté de carpes,
comme pour les chat ou chiens de race.
La plupart des parcs offrent aux visiteurs la possibilité de
les nourrir. Il en va de même pour les chevreuils de
Nara et Miyajima.
Jusqu'ici rien de très différent de nos poissons rouges
d'étangs ou écureuils de parcs.
Les singes de Miyajima
amusent les touristes, mais sont nourris par des professionnels.
Dans les zoos, on trouve encore de nombreux animaux qui n'ont rien d'autre à faire
que de tourner en rond, comme les ours blancs au
zoo de Ueno, mais d'autres tels les gorilles ou les lions
d'Asie ont de très beaux parcs.
Les poissons plus petits que les koï font partie de la catégorie "jouets".
On peut les attrapper à l'écuelle dans n'importe quel Matsuri
("festival") et les emporter chez soi dans un cornet en plastique.
Espérence de vie très faible.
Les cigales et autres gros insectes subissent le même sort.
Les enfants se promènent avec leur filet à papillon,
à la chasse à la bruyante bestiole. Puis ils jouent avec
jusqu'à ce qu'ils en aient marre ou que l'animal
déclare forfait en mourant. Il en va de même des écrevisses
attrapées avant la récolte dans les rizières asséchées.
Au moins, celles-ci, on peut les manger.
Les insectes plus rares s'achètent
en magasin. Nous ne savons pas si le lucane qui s'était perdu sur notre balcon
est un exemplaire sauvage vivant dans la banlieue de Tōkyō
ou un évadé d'un collectionneur quelconque.
Un problème que nous avons rencontré dès notre arrivée
au Japon est celui de l'oeuf heureux. Au rayon oeufs des supermarchés, les boulettes
blanches ne sont pas classées entre "bon marché", "élevage au sol",
"à l'air libre" ou "bio", mais entre "normal", "avec adjonction de calcium",
ou de vitamines "E", "PP" ou que sais-je quelle molécule essentielle à la
croissance.
Les Japonais étant les plus gros consommateurs d'oeufs du monde
(près d'un par jour en moyenne), on s'en étonne moins. Par contre
ça veut probablement dire que c'est au poules d'ingurgiter toutes ces cochonneries dont l'on veut ainsi
doper les Nippons.
Dans la catégorie "normal", les supermarchés jouent sur l'esprit de clocher.
Ainsi les deux grands Ito Yokado d'Abiko vendent des oeufs produits par un
éleveur de la région, que l'on voit fièrement poser devant
ses poules en batteries sur la publicité ci-contre. Il en va de même
dans les petites boutiques, où les oeufs sont vendus à la pièce,
sans indication de provenance.
Ainsi quand nous parlons avec des autochtones de notre recherche de l'oeuf heureux,
nous ne récoltons qu'un intérêt anthropologique, dans le genre
ah, ces étrangers s'intéressent à la qualité
de vie de nos poules. Intéressant... Il est vrai que la qualité de vie
et l'espace à disposition n'est déjà par grand pour les
Tokyoïtes humains, on ne va donc pas commencer à donner plus de droits aux
habitants à plumes.
Une autre aventure est arrivée à Céline au début de notre
séjour. Elle cherchait sur la toile un restaurant où l'on peut manger du
poisson grillé à Tōkyō. En soi rien de rare, mais s'agit-il encore de
les trouver quand on ne maîtrise rien de l'écriture. Elle est tombée
sur un site web qui décrivait un restaurant qui se vante de la fraîcheur de
ses produits. Pour en faire la preuve, ils embrochent les poissons
vivants à la table du client. Merci, pour moi ce sera juste un bol de riz.
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